Je suis Ayla Aktan, artiste plasticienne installée dans le sud de la France.
J’ai grandi en Haute-Savoie, au sein d’une famille ouvrière, en partie immigrée, dont l’histoire continue d’habiter ma pratique. Après un parcours d’études à Dunkerque, j’ai obtenu en 2026 mon DNSEP à l’École supérieure d’art d’Avignon. Mon travail s’est construit à partir d’une expérience personnelle du monde industriel, lorsque j’ai travaillé, au début de mes études d’art, dans la même usine que ma mère. Cette immersion a profondément marqué mon regard, car j’y ai découvert la puissance des gestes répétés, la manière dont un corps peut peu à peu disparaître derrière une tâche, jusqu’à ce que le mouvement continue presque de lui-même.
Je développe depuis une pratique qui explore les liens entre travail, mémoire, transmission et reconnaissance. Je m’intéresse aux gestes ordinaires, aux savoir-faire et aux histoires humaines qui risquent de disparaître derrière les objets, les systèmes de production et les mutations du monde du travail. À travers mes œuvres, je cherche à préserver une présence là où il ne reste souvent que des fragments.
Le tissage est devenu le cœur de cette recherche. En reprenant un geste répétitif associé autant au travail qu’à la fabrication textile, j’en fais un espace de création, de ralentissement et de mémoire. Cette pratique fait également écho à mon histoire familiale. En redécouvrant que ma grand-mère tissait autrefois des kilims, j’ai retrouvé un héritage culturel longtemps mis à distance par l’histoire de l’immigration et de l’intégration de ma famille. Plus qu’une technique, le kilim représente pour moi un langage, c’est une manière de transmettre des expériences, des émotions et des récits à travers les motifs, le temps et la matière. En y inscrivant mes propres mots, je prolonge cette tradition dans une forme contemporaine, où le textile devient un espace de parole.
Mes installations prennent aussi forme à partir de vêtements de travail, de déchets textiles et d’objets abandonnés que je collecte pour les transformer. Ces matériaux chargés d’usage témoignent des liens entre les corps, le travail et les territoires. Souvent conçues à une échelle proche du corps, mes œuvres invitent le spectateur à une rencontre sensible avec ces histoires. J’y cherche moins à documenter le monde ouvrier qu’à faire émerger les présences, les émotions et les récits qui persistent derrière les gestes, afin de résister, par le travail artistique, à leur disparition.